|
Dans les années 60, on
appelait le quartier « la Petite Grèce ». Mais au fil des ans, les
Grecs ont déménagé en banlieue et ils ne représentent plus que 23 % de
la population de Parc-Extension. Le quartier abrite aujourd'hui des gens du
monde entier. Le cinquième de la population vient de l'Asie du Sud. Un
résident sur cinq est musulman.
Les rêves d'une vie
meilleure
Parc-Extension est un
lieu de passage. Tous les cinq ans, la moitié des résidents s'en vont. Ils
sont remplacés tous les jours par les nouveaux arrivants. Ce quartier n'est
donc que la case départ d'un trajet migratoire.
Samira vient tout juste d'immigrer au pays. Cette
chirurgienne-dentiste d'origine marocaine espère refaire sa vie ici. Elle est
arrivée avec sa fille et son mari et de maigres bagages. Elle et sa famille
ont vécu à l'hôtel les premiers jours, puis un organisme communautaire leur a
trouvé un logement à Parc-Extension. Un quartier qu'elle trouve calme, et où
cohabitent les gens de différentes nations et religions.
« L'avenir, vraiment, c'est imprévisible. Je ne sais pas vraiment,
je ne sais pas. Si on arrive à travailler, on n'aura aucun problème dans ce
pays, mais sinon, il vaut mieux qu'on retourne chez nous. On se donne trois
ou quatre ans. » - Samira
Les Usmani sont, quant à eux, désillusionnés. Ils sont à Montréal depuis deux
ans et demi et leur rêve d'une vie meilleure s'est évanoui. Le diplôme
d'ingénieur de Mohammed n'a pas été reconnu. Ils ont dépensé leurs économies.
Ces Pakistanais viennent d'un milieu éduqué. Ils vivaient dans une grande
maison qu'ils partageaient avec leur famille. Cette autre vie manque
terriblement à Sayyada Huma, la femme de Mohammed.
Mohammed, lui, est amer.
Il se sent pris au piège : « Le quartier est malsain. La
ville n'est pas bonne et les gens... ils ont la même mentalité que dans notre
pays. Plusieurs personnes de notre communauté vivent comme là-bas. Je ne trouve
pas ce que je croyais trouver au Canada. Je ne vois pas la mentalité
canadienne. »
Être dépaysé à Parc-Extension
Des jeunes du programme international du collège
L'Assomption viennent passer la journée à Parc-Extension. Ils ont été invités
par la communauté indienne du quartier. Les Sud-Asiatiques — les
Indiens, les Pakistanais et les Sri-Lankais — représentent
maintenant le cinquième de la population du quartier. Au cours de la journée,
les élèves auront pris contact avec des réalités culturelles, sociales et
économiques bien différentes de celles qu'ils connaissent. En visitant un
temple hindouiste, ils ont découvert avec étonnement l'importance des lieux
de culte dans la vie des Sud-Asiatiques. Ce temple accueille bon nombre de
fidèles, les bénévoles y sont nombreux et les repas gratuits. C'est le point
d'ancrage de la communauté.
Des visages du quartier
Dans Parc-Extension, les mariages organisés sont fréquents
et les rapports policiers indiquent que le nombre de fugues de jeunes filles
promises est en hausse. Les trois filles de la famille pakistanaise Sana sont
arrivées au Québec il y a moins de deux ans. Elles étudient et aident leurs
parents, qui tiennent un restaurant. L'aînée, Sadhia, accepte celui qu'on a
choisi pour elle. Par contre, Sahima, 18 ans, ose remettre en question
ouvertement la tradition et l'autorité paternelle. Elle ne veut pas d'un mari
qui soit membre de la famille.
Nitty vient d'ouvrir un salon de coiffure. Elle est arrivée de l'Inde il y a
un peu plus d'un an. Elle a fui une société qui l'étouffait : « Je
suis monoparentale. Ici je peux mener ma vie comme je l'entends. Là-bas,
c'était mon père ou, quand j'étais mariée, mon mari, ma belle-famille, qui
prenaient les décisions pour moi. […] Ici, si vous êtes autonome, vous n'avez
de comptes à rendre à personne. »
Mohan est sikh. Il a quitté l'Inde à 17 ans pour des
motifs religieux et politiques. Il est arrivé à Toronto avec 150 $ en
poche. Il est ensuite venu à Montréal. On lui a dit que la communauté sikh de
Montréal l'aiderait beaucoup et qu'il y avait plus de célibataires ici qu'à
Toronto. Le jeune sikh, aujourd'hui majeur, travaille à l'usine. On lui a
refusé le statut de réfugié, mais il en appelle de cette décision. Son
histoire est celle de milliers d'autres dans le quartier. Il souhaite
s'intégrer à la société canadienne, tout en gardant sa culture indienne.
|